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"L'amour" selon William Cloutier : une déferlante pop de couleurs musicales et d'émotions

Dernière mise à jour : il y a 12 heures


Un album résolument pop qui s'aventure hors des sentiers battus

Si la trame musicale de ce nouvel album reste une pop entrainante et colorée, il va chercher ses nuances dans l'univers de la country, d'un flow de rap, du rock et même de l'électro. Plonger dans "L'amour" de William Cloutier, c'est comme partir à la découverte d'univers inexplorés avec un même capitaine à la barre du navire.


Un nouvel opus recentré sur l'artiste

Si le premier album de William Cloutier abordait des thèmes fortement engagés, "L'amour" dévoile l'essence de l'artiste qui ouvre une porte sur son être intérieur. Il se montre à visage découvert dans sa relation aux autres, à lui-même, dans ses aspirations profondes et introspectives comme dans ses humeurs légères et festives.


L'amour pour fil rouge

Si les musiques se baladent d'un registre à l'autre, un thème ressort dans chacune des chansons, celui de "L'amour", sous toutes ses formes. L'amour passionné, l'amour des siens, l'amour des autres, l'amour - de et pour - son public, l'amour de soi-même.


C'est parti pour un passage en revue de chaque chanson (dans l'ordre de l'album).


"Ta bouche"

Difficile de parler d'amour sans parler du jeu de la séduction et de l'attirance. Ou plutôt les artistes qui chantent habituellement l'amour ne s'aventurent pas toujours sur ce terrain de jeu. Une audace qu'on ne peut que reconnaitre à l'artiste. Cette chanson a été le premier single sorti des mois avant l'album. Toutefois, il n'était pas forcément le plus représentatif. Seule, la chanson avec ses "yo" intempestifs, affichait plus un aspect commercial visant justement à séduire un public plus jeune. Mais, combinée aux autres titres, elle s'inscrit agréablement dans la logique de la thématique de l'album. Côté musique, les trompettes souvent délaissées sonnent comme un ravissement auditif.


"J'veux pas qu'tu t'en ailles"

Sur ce titre, William a fait appel au flow de Claude Bégin. Le rap aux accents pop de Claude répond efficacement aux vibes de William Cloutier. Cette chanson offre un alliage de deux façons de chanter différentes mais qui matchent bien. Côté musique, ça part sur un petit côté rétro qui attire nettement l'oreille en arrière plan. Côté texte, William évoque ici l'amour qui cherche à se réinventer au fil des années.


Des musiques immersives

Les sons sont choisis avec un sens du détail assuré et viennent créer une ambiance musicale sur mesure pour chaque chanson. Le travail de Benjamin Nadeau, allié et réalisateur de William de longue date est d’une créativité plus qu'impressionnante. Chaque chanson se compose d'une multitude de petites touches qui vient nous plonger en totale immersion dans un univers particulier. Il suffit de tendre l’oreille pour s’attarder sur la foule de sons originaux qui viennent habiller les paroles de tout leur univers. Un tintement de verre par ici, un jeu d'écho d'une oreille à l'autre, un piano qui se désaccorde par là, des sons "rétro" par ici, d'autres presque improbables comme sortis d'un jeu vidéo … Rien que de se concentrer sur la mélodie est un vrai jeu de piste original et follement efficace !


Photos : Eléonore Côté-Savard
Photos : Eléonore Côté-Savard

"L'amour"

Parler ouvertement de désir charnel dans une chanson qui s'assume pudiquement sans tabou, cela se fait bien rare de nos jours. William trouve ici encore une jolie façon de casser les codes en osant explorer tous les pans de l'amour. Le son lourd et percutant qui rythme la chanson (mais quel est donc le secret de ce tempo de folie ?!) a un effet presque hypnotique. Le son cristallin tel un tintement de verre qui vient répondre au son grave et entêtant rend le tout diaboliquement sexy. On s’invite sans hésitation dans les clubs parisiens en dansant au son de l’accordéon. Le raccord entre la musique et le propos de la chanson qui se la joue crescendo est ici particulièrement exquis.


"Entre Montréal et Paris"

Ce qui aurait pu être une parodie tirée des nombreuses péripéties aériennes de William est au final un morceau qui s'installe facilement dans la tête. Cette fois ci, William Cloutier a invité King Melrose et son groove punchy à chanter avec lui. Plein de malice, ce titre s'amuse des différences sociétales qui ne sauveront personne en cas de pépins à bord d'un avion. Là aussi, c'est un vrai jeu de piste que de repérer tout ce qui compose la mélodie. Le petit effet de sourdine invite à monter à bord de cette festivité musicale quand la ligne de basse assoie le côté acoustique. Les voix des artistes se marient particulièrement bien, dans les couplets comme dans les décrochés vocaux. Si un clip venait à sortir, le décor est déjà tout trouvé. Alors ? Qui osera lancer cette chanson entre Montréal et Paris pour faire danser tout un avion ? Après tout : "si on est destiné à s'écraser quelque part, vaut mieux faire la fête ensemble ce soir".


Seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin

Si William Cloutier a écrit et composé son premier album seul, déterminé à faire preuve lui-même de son talent, il s’est entouré de talentueux artistes pour ce second opus. Et ce qui aurait pu paraitre comme une contradiction est en réalité une révélation ! Car, ce n’est pas seul comme avec son premier album qu’il se montre sans retenue dans toutes ses aspérités mais bien porté par toutes les couleurs musicales de ses collaborateurs.


Un album tout à son image : aussi solaire que poignant, aussi audacieux que désinvolte.



"J'ai pas choisi de t'avoir"

William a écrit cette touchante chanson sur le thème de vivre avec une différence pour son amie Andréanne Fortin, qui doit composer au quotidien avec le syndrome de Gilles de la Tourette. Une maladie qui lui provoque des tics musculaires et verbaux mais qui se met totalement en sommeil dès qu'elle exerce son métier de comédienne dans lequel elle s'épanouie. Comme si jouer la libérait de ses mouvements incontrôlables. Si l'intention part d'une démonstration d'amour amical profond, elle permet à chacun de s'identifier dans les paroles profondes et libératrices. L'effet sonore qui vient soutenir le propos de la chanson est ici le plus perceptible. Sur cette poignante chanson, le son lourd de la pédale et les notes désaccordées du piano viennent soutenir les paroles de la chanson qui illustre tout le challenge de vivre avec une différence. Cette différence partie intégrante de soi avec laquelle il est parfois difficile de jouer à l'unisson. L'artiste Charlie-Rose Fradette qui se cache derrière le piano offre à elle-seule une prestation remarquable. Elle parvient à faire chanter l'instrument à cordes avec une émotion pure.


"A quel prix ?"

Cette composition s'affiche comme l'une des plus personnelles de William Cloutier. Vivre une vie d'artiste s'accompagne souvent de l'éloignement de ses proches. Embarquer sur une tournée peut faire manquer certains moments de vie et la distance peut parfois se compter en océans. Fort d'une plume plus vulnérable et délestée d'artifices, l'artiste expose à nu le manque de ses proches quand la scène le tient éloigné de son cocon familial. S'offrir au public à chaque soir cache bien souvent un envers du décor aux allures de sacrifice : "mais à quel prix poursuivre ce rêve fou ?". William interprète ici son ressenti tel un cri du cœur qui s'entend jusque dans sa voix aux éraflures mélodiques et dans cette fragilité qui le rend d'autant plus authentique.



Starmania en toile de fond

Cet album regorge de nombreuses références à Starmania où même Redgee, dernier Johnny Rockfort arrivé sur le show et qui a récemment impressionné dans l'émission Zénith, a pris part à "Celebrate". On retrouve d'ailleurs de jolis clins d'oeil à Starmania sur cette chanson avec "mon ange a péri dans un souterrain" qui semble faire écho à "moi j'ai toujours rêvé de rencontrer un ange" et "parce que dans les souterrains, les étoiles ne brillent pas forts". Tout comme "je quitte la terre pour le sommet d'une tour (d'où je tombe)" semble faire référence à la tour dorée de Zéro Janvier et son toit avec le Naziland où la fête bat son plein. La chanson "Entre Montréal et Paris" attaque directement par un "Les uns contre les autres". "Dans vos yeux", pièce oh combien introspective semble démarrer par une référence au nuage de fumée qui envahit la scène après le "SOS d'un terrien en détresse" par "perdu dans la brume" avant de poser "j'ai jamais vraiment eu les pieds sur terre". Quand "Couleurs" reprend ou presque "pourquoi je me sens aussi mal dans ma peau".


"Celebrate"

Le thème de la fête (et de l'ivresse qui va souvent avec) qui se perçoit dans plusieurs chansons est ici au cœur des paroles. Ce lâché prise dans la désinhibition de la fête amène son lot de questions existentielles : entre la perte et la recherche de soi, le sentiment de plénitude éphémère contre celui de se trouver. L'ambiance musicale est encore une fois une réussite, entre le rock et l'électro. La chanson offre des passages presque intimistes avant de s'abandonner à ses déferlements d'accords et de voix qui lâchent tout de leur puissance. Cette pièce est d'une intensité continue. Les instruments éclatent de toutes de leurs vibrations. Tout comme William chante les paroles avec une tension incessante qui explose jusque dans ses cordes vocales. Mention spéciale au talent indéniable de Redgee et à ce puissant riff de guitare électrique qui exalte littéralement la chanson !


Un livret travaillé

Les amateurs de matière sont assurés d'apprécier le CD et son livret. Avec son graphisme qui se joue de lui-même d'une page à une autre, même le compact disque se montre à l'image de l'artiste : surprenant et contrasté. Certaines chansons passant sans transition d'une langue à l'autre, jeter un œil aux paroles permet de ne pas se laisser dérouter sur ce que l'on entend de prime abord.



"Dans vos yeux"

Cette chanson courte mais dense exprime toute la dualité que peut ressentir l'artiste encensé sous les lumières des projecteurs. Cette lumière qui contraste avec la solitude obscure qui peut l'envahir quand il se trouve éloigné des siens. William a grandit dans les yeux du public avec sa carrière débutée très jeune sous le feu médiatique. Il se livre ici au travers d'une plume à fleur de peau pour dépeindre avec émotions ce déchirement intérieur. D'un côté : porté par l'amour partagé avec son public, de l'autre : emporté par le manque de ses proches. "J'arrive à m'aimer que dans vos yeux" versus "faut pas me laisser seul" quand William avoue "j'ai jamais vraiment osé vous déplaire". Et si, la clé était de chercher de s'aimer d'abord pour s'approcher de l'équilibre de l'amour de ceux qui l'entourent ? Le côté épuré de la chanson avec une guitare acoustique en trame sonore offre la plus forte vulnérabilité de l'artiste qui se dévoile totalement dans ses ressentis les plus ambivalents.


"Où on dansait autrefois"

La voix inédite de Zach Chico qui se balade littéralement dans les graves vient parfaitement contraster avec la résonance cristalline de celle de William. L'artiste Zach Chico (mais où se cachait-il avant ça ?) apporte ici un flow en anglais tout droit sorti des plaines de l'ouest dans une ambiance résolument country. Prise d'un élan nostalgique rassurant, cette pièce est particulièrement emprunte du parcours de William ces dernières années : la vie sur un autre continent, seul ou entouré, sa dose de défis et de souvenirs. Le tout avec pour ligne de mire ses repères les plus tangibles : ses racines, ses proches, l'amour d'une vie. La musique est riche d'une foule de sons typiques de l'univers country. C'est le genre de chanson entrainante qui s'écoute partout, et qu'on se met à fredonner sans en avoir forcément conscience. Pour peu, on se mettrait bien à la danse en ligne !



Une maturité vocale et émotionnelle

Coutumier des envolées vocales appréciées, William Cloutier n'hésite plus à jouer de sa voix avec assurance. Trois années de Starmania ont déployées toutes ses capacités vocales de façon perceptible. Il s'attarde désormais dans les graves comme il accroche les aigus avec la précision d'un orfèvre. Ce côté perfectionniste aurait pu desservir le volet émotionnel, or il se joue des gammes sans retenir ses émotions. Chanter à répétition le "SOS d'un terrien en détresse" sur Starmania a porté ses enseignements à l'artiste. Selon Bruno Pelletier, autre mémorable Johnny Rockfort, interpréter cette pièce qu'il considère une des pièces des plus intenses émotionnellement et vocalement du répertoire français, est une formidable école qu'a su exploiter William Cloutier dans son cheminement artistique.


"Eaux troubles"

Laurence Nerbonne apporte ici sa plume pleine de vérités et offre un véritable bijou pop finement travaillé. Le duo est ici décliné sur tous les plans. Le clavier et la batterie s'unissent autant qu'ils s'offrent des instants de solo avant de se retrouver en rythme. Le duo des artistes qui se répondent avant de chanter d'une même voix porte avec force le message de la chanson : la quête de soi. Celle d'apprendre à affronter ses blessures pour parvenir à avancer, comme de laisser un moment l'autre suivre à son rythme son propre chemin : "don't hold me back, j'ai besoin d'avancer" pour finalement se retrouver. Une dichotomie mise en lumière par des paroles chantées en duo et les artistes qui se répondent. Quand William chante "je sais l'envie d'rester me brûle mais j'dois me choisir, t'as peur qu'le bonheur face plus mal quand on parle d'avenir" ; Laurence répond "j'continue jusqu'à ce que je brûle quand j'suis mes envies, ça fait que les blessures s'accumulent, que j'me suis pas choisie". Le défi d'avancer vers soi-même "on tiendra le souffle même si c'est sous les vagues" pour que "même dans les eaux troubles, on se trouvera au final". Mieux vaut se laisser emporter par la vague plutôt que de lutter contre elle... L'écrin musicalement coloré de cette chanson vient faire une parfaite transition avec la chanson "Couleurs" qui parle justement d'affirmation de soi.


"Couleurs"

L'album s'achève sur une power ballad qui prône l'affirmation de soi dans tous ses aspects. C'est avec Rafaëlle Roy que William Cloutier chante ce titre aux paroles profondément introspectives. L'artiste s'aventure ici sur le thème de l'enfant intérieur que la pression sociétale peut finir par faire taire "quand on est enfant, faut pas déranger, pourquoi grandir rime avec cesser de jouer". Rafaëlle offre ici une interprétation résolument désarmante, tout autant que celle de William. Leurs voix finissent par se confondre dans des envolées vocales puissantes et intenses en émotion. Fait attendrissant, cette pièce reprend le mot "couleurs" qui marque aussi la chanson "Minable" de Katrine Sansregret. Cette amie de William brille actuellement à la Star Académie et marche ainsi dans les pas du gagnant de l'édition 2021. "Minable" aborde justement la difficulté à trouver sa place et se faire accepter avec toutes ses nuances. A sa sortie, cette chanson avait profondément touché William qui n'avait eu de cesse de relayer ce titre, le reprenant lui-même. Alors quand Katrine chante "mais je n'irai pas ailleurs, si c'est trop dur d'accepter mes couleurs", William semble lui répondre par un touchant "et je retiens mes couleurs, pour ne pas déranger".


William dispose (enfin !) d'un site internet (lien en fin d'article) au design aussi stylisé que celui de son album pour suivre ses actus, notamment les dates où il se produira en festival.


Concernant "L'amour", il subsiste toutefois un regret : celui de la durée l'album qui s'invite juste en dessous de la demi-heure. En revanche, le manque du "SOS d'un terrien en détresse" ne se fait même pas ressentir tant ce nouvel opus affiche une vraie unité artistique.


C’est donc un album pop assumé qui ne demande qu’à être joué sur scène dans tous ses rythmes enivrants. Avec un défi tout de même : parvenir à rendre toute la richesse sonore et immersive de l'album sur une scène que l'on imagine déjà habillée de quelques danseurs.


Plus qu’un spectacle, c’est une invitation à un concert qui saura chavirer les cœurs autant qu’il soulèvera les foules dans une ambiance invitant au lâché prise. La musique fait bien plus que s’écouter, se partager, se ressentir, elle se vit, intensément.


Et c’est bien ce qu'a à offrir William Cloutier avec tout « l’Amour » dont il fait preuve. 


Célia Voisin








 
 
 

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